Pendant la plus grande partie du XXe siècle, la diplomatie africaine s'est menée pays par pays, souvent dans la langue et selon les termes des anciennes capitales coloniales. Le paysage est aujourd'hui différent. L'Union africaine, fondée en 2002 et basée à Addis-Abeba, négocie, rassemble et, de plus en plus, décide au nom de cinquante-cinq États membres.
Un siège à part entière
En 2023, l'Union africaine a rejoint le G20 comme membre permanent, une avancée longtemps réclamée par ses dirigeants et saluée par de nombreux partenaires. Elle n'a pas changé le rapport de forces du jour au lendemain. Elle a en revanche changé la question : au lieu de se demander qui parle pour l'Afrique, les instances veulent désormais savoir quelle est la position commune du continent, et si elle a été arrêtée à l'avance.
Cette discipline compte. L'Agenda 2063, le plan à long terme de l'Union adopté en 2013, donne aux États membres un vocabulaire commun : intégration, infrastructures, industrialisation, paix. Les diplomates estiment que ce document est plus utile lorsqu'on l'invoque discrètement dans une salle de négociation que lorsqu'on le cite dans un discours.
Qui paie, qui décide
Le financement est le test le plus clair de l'indépendance. En 2016, les États membres ont convenu d'un prélèvement de 0,2 % sur certaines importations pour financer le travail de l'Union, afin qu'elle dépende moins des bailleurs extérieurs. La mise en œuvre a été inégale, et le débat sur la part du budget que l'Union doit financer elle-même est loin d'être clos.
La paix et la sécurité sont l'autre test. Le Conseil de paix et de sécurité, créé en 2004, donne à l'Union un organe capable d'autoriser des missions et de pousser à des solutions négociées. Son autorité repose sur la volonté des États membres de le suivre, et sur des moyens qui sont souvent empruntés à des partenaires.
L'échelon régional
Sous le niveau continental se trouvent les communautés économiques régionales, de la CEDEAO à l'ouest à la SADC au sud, en passant par la Communauté d'Afrique de l'Est. Elles restent les bêtes de somme de la diplomatie africaine : elles médiatisent les différends, harmonisent les règles et, en matière de commerce, accomplissent l'essentiel du travail concret sur lequel s'appuie ensuite un accord continental.
Un continent qui s'accorde chez lui négocie mieux à l'étranger.
Ce qui n'a pas changé
L'unité sur le papier est plus facile que l'unité dans les faits. Les États membres ont toujours des vues différentes sur la sécurité, sur les relations avec les grandes puissances et sur le rythme de l'intégration. La force de l'Union africaine est de donner à ces différences un lieu où se régler ; sa limite est qu'elle ne peut les régler à la place de personne.
Pour les lecteurs, la bonne question n'est pas de savoir si l'Afrique parle d'une seule voix, mais sur quels sujets elle le fait déjà : les règles du commerce, le financement climatique et la réforme des institutions mondiales en sont les exemples les plus nets. Sur ces points, la diplomatie du continent est devenue plus difficile à ignorer.
Rien de tout cela ne simplifie le travail. Une position africaine commune demande des mois de préparation, et une partie en est invisible : groupes de travail de fonctionnaires, séances de rédaction en marge des sommets, appels discrets entre capitales. Quand cela fonctionne, le résultat semble sans effort. C'est tout l'enjeu.