Revenir n'est pas la seule façon de rentrer chez soi
On dit souvent à la diaspora africaine que la preuve de sa loyauté est un billet aller simple. Notre rédactrice en chef soutient que le continent est mieux servi par des personnes qui restent connectées d'où qu'elles soient.

Tous les quelques années, un débat familier revient : les membres de la diaspora africaine doivent-ils rentrer ? La question est généralement posée avec de bonnes intentions et une pointe de reproche, comme si une vie construite ailleurs était une forme d'absence. Je pense que c'est la mauvaise question.
Les nombreuses façons d'être présent
Être présent n'exige pas une adresse permanente. Un médecin à Lyon qui forme des collègues à Abidjan par visioconférence, un ingénieur à Toronto qui encadre des étudiants à Nairobi, une famille de Houston qui finance un dispensaire : chacun fait un travail dont le continent a besoin. Aucun d'eux n'attend un vol pour commencer.
La présence se mesure à ce qu'on construit, pas à l'endroit où l'on dort.
Ce dont la connexion a besoin
Si la connexion est l'objectif, les gouvernements et les institutions doivent la faciliter. Cela suppose de reconnaître la double nationalité, de rendre simples l'investissement et l'envoi d'argent, et de traiter les professionnels de la diaspora en partenaires et non en visiteurs. Cela suppose aussi d'être honnête sur ce que savent les personnes restées au pays et que celles qui sont à l'étranger ignorent.
En 2003, l'Union africaine a donné à la diaspora une place symbolique comme sixième région. L'épreuve de cette décision est pratique : un enseignant d'Accra peut-il trouver un mentor à Londres, un fondateur de Dakar peut-il lever des capitaux depuis Paris, un festival culturel peut-il ramener son public chez lui et le renvoyer ?
Un programme concret
Trois mesures feraient une vraie différence. D'abord, des règles plus simples sur la nationalité et la résidence, pour que chacun puisse circuler dans les deux sens sans perdre ses droits. Ensuite, de meilleurs canaux d'investissement : certains gouvernements ont émis des obligations de la diaspora, qui permettent de prêter à son pays d'origine pour un objectif défini, puis d'être remboursé. Enfin, des réseaux professionnels qui associent compétences et besoins, que ce soit pour un mois, un an ou toute une vie.
Un accueil plus large
Certains choisiront de rentrer, et ils doivent être accueillis avec de vraies opportunités. D'autres resteront, et ils doivent être accueillis tout aussi chaleureusement. Le continent sera plus fort de chaque pont qu'il construit, et les plus solides sont ceux qui portent la circulation dans les deux sens.
Les tribunes reflètent l'opinion de leur auteur, non celle de Global Africa Media.