BRICS+ et l'Afrique : ce que l'adhésion change concrètement
L'Afrique du Sud en est membre depuis plus de dix ans ; l'Égypte et l'Éthiopie l'ont rejoint en 2024. Un décryptage de ce que le groupe offre aux économies africaines, et de ce qu'il n'offre pas.

Les BRICS sont nés d'un sigle inventé par un banquier d'affaires avant de devenir un forum politique. L'Afrique du Sud les a rejoints en 2010, donnant au groupe son premier membre africain. En janvier 2024, l'Égypte et l'Éthiopie sont entrées à leur tour, et le groupe élargi est désormais souvent appelé BRICS+.
Ce que reçoivent les membres
L'institution la plus tangible est la Nouvelle Banque de développement, créée par les membres fondateurs pour financer les infrastructures et le développement durable ; elle a un centre régional africain à Johannesburg. Les membres ont aussi accès à un arrangement de réserves de change destiné à faire face aux tensions monétaires de court terme, et à un forum où les économies émergentes comparent leurs analyses sur le commerce et la finance.
La question commerciale
Pour les économies africaines, l'attrait est la diversification : davantage de marchés d'exportation, davantage de sources de financement et davantage de marge de négociation. Les partisans citent la hausse des échanges avec les plus grands membres du groupe et les discussions sur le règlement des échanges en monnaies locales, qui pourrait réduire l'exposition à une seule devise dominante.
Le volet financier
Les gouvernements et les entreprises africains empruntent à de nombreuses sources : banques multilatérales, prêteurs bilatéraux, marchés obligataires et, de plus en plus, banques de développement créées par des économies émergentes. Un menu plus large n'est un avantage que si les conditions sont transparentes et la dette gérée avec soin. Le test de tout nouveau prêteur n'est pas son logo, mais le taux d'intérêt, l'échéance et ce que le prêt construit.
L'adhésion élargit les options. Elle ne choisit pas à votre place.
Les limites
Les BRICS+ ne sont ni une union douanière ni un marché commun : pas de tarif extérieur commun, pas de monnaie commune, pas de règles contraignantes. Leurs membres diffèrent beaucoup par la taille et les intérêts, et les décisions se prennent par consensus. Pour un gouvernement, la valeur dépend de ce qu'il fait de cet accès : négocier de meilleures conditions, attirer des investissements dans les infrastructures et garder ses relations commerciales équilibrées.
C'est pourquoi le projet propre au continent, la Zone de libre-échange continentale africaine, reste le cadre le plus important pour la plupart des entreprises africaines. Les BRICS+ comptent surtout comme une porte supplémentaire, pas comme un remplacement de celle qui s'ouvre chez soi.
Pour les lecteurs, trois questions valent d'être posées chaque fois que les BRICS+ font l'actualité : une annonce change-t-elle les flux commerciaux réels, ajoute-t-elle à ce que les entreprises africaines peuvent emprunter et à quelles conditions, et renforce-t-elle ou affaiblit-elle l'intégration propre du continent ? Les réponses varient selon les pays, et selon les années.